Avoir un corps de Brigitte Giraud

 » ça commence avec une parole de ma mère, désignant le sandwich que je viens de me confectionner avec une épaisse couche de beurre, elle espère que je ne vais pas « manger tout ça ». Comme je la toise du haut de mes 13 ans, elle ajoute que je vais prendre des formes (…). Je comprends aussitôt mais, je mange à ma faim : pain, beurre, saucisson comme tous les jours à l’heure du goûter. Je comprends et puis je doute, et, pour la première fois, je regarde mon corps comme un objet sur lequel je peux agir. Cette phrase de ma mère, sa mise en garde brutale me signifie que je peux décider, je peux maitriser cette matière là. C’est le jour où mon corps existe, il m’appartient. C’est le commencement du tourment puisque désormais je vais y penser (…). Cette idée est un poison, le début de l’inquiétude ».

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